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Allo, allo me revoilà, j’espère que vous êtes toujours là !

Ce n’est pas évident de vous partager seulement des passages de mon histoire pour que ça vous fasse du sens.

Si je m’écoutais je vous les donnerais tous, je les trouve tous importants. mais bon, un peu de retenue Denise, ce n’est pas le but ici :)! 

 

Chapitre 4
 

Sois sage

Un samedi de décembre, quelques mois après le départ de maman pour l’hôpital psychiatrique, je joue dehors avec les jumelles Tessier qui demeurent au coin de ma rue.
Les flocons tombent depuis le matin, légers comme des plumes d’oie et on creuse des tunnels dans la neige lumineuse.

D’habitude, j’adore les laisser se déposer et fondre sur ma langue en imaginant que le ciel me donne la communion, mais aujourd’hui ni le jeu ni la joie ne sont au rendez-vous. Même si mon corps est bien au chaud dans mon habit de neige bleu royal et mes mitaines en peau de lapin, mon cœur est comme un iceberg perdu en mer.

Depuis l’été, papa a beaucoup maigri.
La sœur de papa, tante Blanche une vieille fille célibataire, vit chez nous depuis qu’il est devenu trop malade pour prendre soin de mon frère et moi.

Il ne va plus travailler et quand il marche dans le passage pour aller aux toilettes, le frottement trainant de ses pantoufles trahit sa fatigue.
Il ne mange plus à table avec nous, ne va plus lire dans le salon et ne court plus après moi, autour de l’îlot entre la cuisine et la salle à manger, en grognant comme un ogre affamé.

Le sentir si faible me fait peur et je prie pour qu’il ne disparaisse pas subitement comme maman.

Vers 3 heures ce samedi-là, tante Blanche sort sur le balcon sans manteau ni chapeau et me crie :
Denise rentre vite à la maison !
Mon plexus se noue comme si mon corps pressentait ce qui m’attend. Je me précipite chez nous sans dire au revoir à mes amies, je grimpe l’escalier à toute vitesse et j’arrive à bout de souffle sur la dernière marche.

Mon père, courbé sous le poids d’un gros manteau en chat sauvage, est debout dans le cadre de porte.
Il me regarde un moment sans rien dire avec ses grands yeux sérieux, penche son visage amaigri pour m’embrasser sur la joue et me serre mollement dans ses bras.

Puis d’une voix éteinte, dénuée d’émotion, il me dit :
Denise je dois partir pour quelque temps. Sois sage. 

Est-ce que j’ai répondu quelque chose ? Je ne le sais pas, je le revois seulement descendre lentement l’escalier d’un pas lourd, en se tenant à la rampe et en s’arrêtant plusieurs fois pour reprendre son souffle.

Je ne l’ai jamais revu.
Deux semaines plus tard, le 14 décembre, il meurt du cancer des intestins à 42 ans.

Le matin où je l’apprends, je ne pleure pas, mon cœur est gelé.

Papa est parti pour toujours, sans regrets et sans verser la moindre larme.

Maintenant je comprends qu’il voulait bien faire, mais quel message dévastateur pour la petite fille que je suis :  si ça ne lui fait rien, ça veut dire que je ne suis pas importante pour lui, que je ne vaux pas grand-chose.

Je reste seulement avec ses mots, sois sage, qui emprisonnent ma vitalité et ma spontanéité dans le corset de la perfection et m’imposeront le silence pendant des années.

C’est une nouvelle punition de Dieu parce que j’ai voulu aller chercher du réconfort auprès de papa au lieu d’obéir à maman! Je me sens comme un petit animal pétrifié dans le faisceau des yeux d’un Dieu intransigeant et menaçant.

Je me réveille la nuit avec la sensation qu’une présence tapie dans l’ombre me surveille et je reste longtemps figée, sans oser regarder dans sa direction, avant de me rendormir.

Le départ de mes deux parents m’initie à la perte et la solitude.
Je m’efforce de devenir l’enfant modèle qu’on attend de moi, mais je deviens de plus en plus silencieuse et renfermée. Je n’ai que mon imaginaire, ma vie intérieure et la lecture pour me tenir compagnie.

Même si la sagesse qu’on me demande est trop lourde et astreignante pour une enfant, elle me pousse à développer un espace secret où j’apprends à rêver et espérer un monde plus doux.

reste tranquille me souffle la peur
et j’congèle mes pleurs
sois sage me chuchote l’absence
et j’mets mes ailes en pénitence
mais j’rêve d’avoir la légèreté des anges
la liberté d’leur innocence

       

Chapitre 5

La messagère à cornette de Dieu

À la mort de papa, je n’ai pas perdu seulement mes deux parents, mais aussi mon école, mes amies et le lieu où j’ai habité toute mon enfance. Mon frère et moi vivons chez tante Blanche en attendant d’être placés dans un pensionnat, lui au Collège de Lévis, moi chez les Ursulines à Québec où je resterai sept ans. Pendant les vacances, nous allons dans des camps de vacances…

Vous pourrez lire dans mon livre, le passage où j’en ai arrachée avec une religieuse

…Par chance, la lecture et mon imagination me permettent d’échapper provisoirement à mon rôle de petite fille sage. Je lis Les malheurs de Sophie de la Comtesse de Ségur et je m’évade par la fenêtre magique de mon imaginaire en désobéissant comme Sophie : j’invente des scènes où je lance un ballon dans la fenêtre de la supérieure, je recrache l’hostie du prêtre dans ma main ou je mets une araignée sur la chaise de mère St-Jean Eudes.
Contrairement à Sophie, qui se fait punir à tout coup, je m’en sors sans me faire attraper et cette victoire inoffensive me donne un regain de vie.

Enhardie par mes exploits fictifs, je deviens dans ma tête une héroïne rebelle et futée, alors que dans la vraie vie je ratatine et perds mes moyens dès qu’une sœur lève un sourcil. J’ose même fomenter une fuite avec une amie : on prend en cachette du pain, des pommes et des arachides au réfectoire pour aller cacher ces miettes d’espoir derrière la statue de la Vierge dans la cour.

Avec ses yeux baissés et ses mains sur le cœur, cette sainte femme a l’air doucement résignée à jouer son rôle de garde-manger pour deux fillettes qui rêvent de s’affranchir.

Alors qu’on est sur le point de passer à l’acte, sans plan, sans sous, avec de quoi survivre à peine deux jours, Mère supérieure débarque dans le réfectoire et nous annonce d’une voix implacable qu’une religieuse a découvert de la nourriture derrière la statue de la Vierge : si la coupable ne se dévoile pas, on sera toutes privées d’aller dans nos familles le dimanche suivant. Toutes!

La gorge nouée et le cœur battant, je me sens tellement mal d’empêcher les autres de voir leurs familles, que je lève la main. Mon amie, solidaire, m’emboîte aussitôt le pas. Comme punition, on doit rester confinées au couvent pour les six prochaines semaines et notre plan d’évasion meurt dans l’œuf.

Le soir dans le dortoir qui sent le savon Ivory, je retrouve, sous mes draps rugueux, mon minuscule royaume où je me sens à l’abri des paroles et des regards stigmatisants des religieuses.

Pour me réconforter, je suce mon pouce en berçant doucement mon corps de gauche à droite, comme une chaloupe ballotée par le clapotis des vagues.

Je n’ai qu’à tourner un peu la tête pour m’échapper dans la tranche de ciel que j’aperçois à travers la lucarne au-dessus de mon lit. Charmée par le chant des merles, je vole avec eux vers papa qui m’attend là-haut.
Réconfortée par cette envolée imaginaire, je glisse dans le sommeil.

Plus je vis des épreuves, des injustices et de l’ennui, plus une soif viscérale de plénitude, de liberté et de vie grandit en moi. Elle me conduira à l’autre bout du monde pour délivrer mon cœur et faire chanter la rivière de mon essence.

mon passé parti en fumée
l’avenir déjà enterré
je n’ai que la voie lactée
pour m’émerveiller
que ma folle du logis
pour me garder en vie

 

Dans les prochains extraits, on on plonge dans l’aventure

 

Chérissez vos coeur et vos rêves!

Denise Noël
www.coeurcreateur,com
https://www.facebook.com/coeurcreateur/

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